Le désir d’enfant : un passe-droit ?
François Olivennes
« Mon métier veut que je rencontre beaucoup des femmes, avec qui je discute de la possibilité d’avoir un enfant. En réalité, nous ne revendiquons pas un droit à l’enfant mais davantage un droit à désirer un enfant. Dès lors, étendre la PMA aux femmes seules et aux couples de femmes serait une possibilité d’y accéder. De plus, plusieurs études montrent que le droit au désir d’enfant ne va en aucun cas à l’encontre du droit de l’enfant et de ses intérêts, du moment où celui-ci va bien. Il est difficile de parler d’un réel changement de société car l’extension de la PMA ne représenterait que 2% à 3% des naissances. Le but d’un des chapitres de mon livre est de montrer qu’historiquement, depuis les années 1930, il y a une opposition constante du fait des lois de la nature. A de nombreuses reprises la société a remis en question la notion de famille ou certaines techniques médicales, et toutes ces modifications ont constitué une rupture avec la conception classique de la famille. Cela n’a pas pour autant détruit notre société, contrairement à ce que veulent faire croire les tenants les plus réactionnaires de ces conceptions rétrogrades. Il en irait de même si la PMA était ouverte à tous. »
Ludovine de la Rochére
« Je comprends le désir d’enfant et son besoin d’amour et je suis bien évidemment convaincue que ces femmes aimeront leur enfant. Le problème n’est pas là ; l’enfant a besoin d’amour mais il a aussi d’autres besoins. Par exemple, nous savons que les enfants qui ne connaissent pas leur père sont dans une quête des origines, que l’absence de père est un manque et que malheureusement pour eux ce manque est indéniable. Dès lors, la société créerait une inégalité envers certains enfants en les privant volontairement d’un père. Je ne crois pas à un réel changement de société mais je pense que la justice, l’égalité et surtout la fraternité nous concerne tous. La finalité de la médecine et de l’assurance maladie sont en jeu : notre caisse est déficitaire, on va de moins en moins rembourser, pourtant tous devront cotiser pour un acte qui n’a rien à voir une pathologie qui détourne la médecine de son objectif. Autre point, une PMA légalisée déconnecterait la filiation du réel : un enfant est attendu et mis au monde par une seule femme. Or, l’État civil en autorisant une double filiation maternelle serait une forme de violence pour notre société. Ça serait ouvrir une boîte de pandore. »
Propos recueillis par Lisa MURATORE