Après quarante ans de mandat, Roger Meï, maire communiste de Gardanne, a l’habitude des polémiques autour de l’usine. Le maintien des activités d’Alteo signifie surtout le maintien de l’emploi. Il regrette toutefois que l’entreprise soit détenue par « un fond de pension américain qui ne représente plus une garantie sur le long terme pour les emplois ».

Pollution contrôlée

« Gardanne, c’est l’usine d’alumine qui pollue le moins du monde! », répète le député Union des Démocrates et des Écologistes François-Michel Lambert très impliqué pour le maintien des activités d’Alteo sur sa circonscription. « Un sénateur m’a dit qu’il fallait fermer Gardanne pour l’exemple », assène-t-il. Il est vrai que, depuis janvier 2016, l’usine ne rejette plus de boues rouges dans la mer, mais des eaux usées issues du processus de fabrication. Des eaux qui font l’objet d’une dérogation aux normes nationales et européennes pour leur pH élevé et pour leur concentration en aluminium, fer ou encore arsenic. Eric Duchenne, directeur des opérations à Alteo, relativise les conséquences réelles de 50 ans de rejet. Les images diffusées par Thalassa en septembre dernier ne reflètent pas la réalité, selon lui : « lorsqu’on s’éloigne du champ de l’émissaire, il y a un certain nombre d’animaux qui vivent ». Une version contestée par Sophie Bontemps, journaliste à France 3, réalisatrice du reportage.

Les promesses de la « Bauxaline »

« Il n’y a pas de toxicité dans la Bauxaline et aucun scientifique ne dit que notre produit est toxique », assure M. Duchenne. Malgré les annonces prometteuses du résidu de bauxite dans le secteur du BTP ou de la dépollution, la « Bauxaline » a toujours un statut de déchet qui empêche Alteo de sortir de l’expérimentation. Le député Lambert, fervent défenseur de l’économie circulaire soutient la valorisation des résidus de bauxite, seule solution pour garantir l’avenir du site. Une valorisation déjà annoncée du temps de Péchiney et même évoquée par Michel Barnier en 1993 alors ministre de l’Environnement.

Savoir-faire

Enfin, Alteo rappelle qu’elle maîtrise un savoir-faire unique au monde. Aviation, satellite, smartphone, écran LCD, verre réfractaire ou encore isolant de batterie lithium-ion, des hautes technologies contenant toutes de l’alumine. Ainsi pour les responsables de l’usine, « Alteo participe à la transition énergétique » et ils rappellent que leur entreprise « a été une usine du passé, est une usine du présent et sera une usine du futur ». La France peut-elle dire non à un métal stratégique ?

A propos de l'auteur

Cédric Stanghellini