Pas de JO aux « pistes artificialisées aux canons à neige » 

Guillaume Desrues, maire de Bourg-Saint-Maurice dont dépend la station savoyarde Les Arcs, non sélectionnée pour accueillir les JO-2030, se montre sceptique vis-à-vis de cette candidature française, à son sens réalisée à « l'emporte-pièce ». Il appelle à des Jeux durables et respectueux de l’environnement tout en craignant les répercussions pour les territoires. 

Q: La France doit-elle organiser les JO-2030 ? 

Guillaume Desrues : Pour moi, il faut les faire maison mais on ne pourra pas faire comme il y a 30 ans, et c’est vraiment toute la difficulté de l’équation. Comment faire des Jeux qui soient responsables en termes environnementaux, que ce soit au niveau des mobilités, des habitats, etc., et en même temps, comment anticiper ce qui va se passer ? Il faut regarder la réalité en face : on voit bien que malheureusement, à part quelques stations de haute altitude, ça va être de plus en plus compliqué d’avoir des sports de neige en moyenne et basse altitude. 


Q: Vous inscrivez-vous dans la démarche d’accueil des Jeux co-portée par les régions Auvergne-Rhône-Alpes et PACA ?

G.D. : Elle est intéressante, mais je pense qu’elle a été un peu faite à l’emporte-pièce. Je pense qu’il y avait cette volonté d’avoir les JO absolument, mais sans forcément se poser les questions de l’organisation en amont. Et aussi de voir au niveau des populations. Car cela nécessite de la concertation avec elles. Donc oui, il y avait une opportunité, voyons comment cette opportunité va être acceptée dans les populations. C’est vrai que quand il y a eu les JO d’Albertville il y a 30 ans, il n’y avait pas d’opposition et là on sent bien que c’est beaucoup plus « touchy » ce sujet. 


Q: Considérez-vous cette candidature comme une atteinte au respect de la biodiversité des montagnes françaises ? 

G. D. : Tout dépendra de ce qu’il y aura dans le dossier de candidature. Donc soit on arrive à faire avec l’existant, sans gros travaux ou en tout cas avec des travaux qui peuvent servir l’avenir, ou pas. Je prends l’exemple de la mobilité. Si ces JO doivent avoir lieu, il faudra qu’ils traitent ce sujet dans son ensemble, au niveau des Alpes, et pas uniquement le temps de la manifestation. C’est au niveau du ferroviaire que cela va se jouer, pour que ces JO soient faisables sans automobile par exemple. Par contre, si c’est mettre des nouvelles pistes artificialisées avec des canons à neige, je ne pense pas que ce soit la bonne solution. 


Q: Avez-vous déjà manifesté votre mécontentement contre son organisation ? 

G.D. : J’ai signé une tribune, qui avait été signée notamment par les entreprises d’Outdoor Sport Valley (OSV) à Annecy (association qui fédère et soutient les entreprises de la filière outdoor en France dans leur développement et leur innovation, NDLR), intitulée “les JO 2030 doivent être responsables et durables ou ne seront pas”. D’ailleurs, OSV s’était fait un peu taper sur les doigts après. J’avais effectivement exprimé non pas mon mécontentement, mais je dirais mes précautions, pour dire « attention, là on sent quand même que la population n’est pas forcément en accord complètement sur cette ligne ». 

J’ai toujours eu cette volonté de voir les choses avec optimisme. Parce que le message parfois qu’on pourrait entendre, c’est qu’il ne faudrait plus rien faire. Mais moi, je pense qu’on peut faire encore beaucoup de choses, mais différemment. Aux Arcs, on a été les seuls à faire un moratoire sur les constructions touristiques nouvelles, c’est-à-dire que depuis qu’on est élus (2020), il n’y a plus de construction touristique sur les Arcs. Et on arrête de promouvoir la destination sur les longs courriers, on ne fait que de la promotion de la destination sur l’Europe. Non pas qu’on ne veuille pas qu’ils viennent, mais on trouve que c’est une hérésie écologique et énergétique de faire venir des gens de l’autre bout du monde pour faire une semaine de ski. 


Interview réalisée par Alice JOLY